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L’Ultime pardon… Ultime passage
Un best-seller de André Harvey

Dans la plupart des récits, l’histoire se termine quand le héros meurt. Mais dans cet ouvrage, c’est au décès tragique du protagoniste que l’intrigue prend naissance. À la dérive au-dessus de son corps, Patrice découvre un tout autre univers et parcourt, avec peine et hésitation, la route le menant vers l’au-delà. Au terme de son voyage, il se retrouve dans la chambre du pardon, seul avec lui-même, face aux déboires de sa vie passée. Une seule issue s’offre à lui : le pardon ! Pardonner quoi, à qui, et dans quel but ? Il le saura bien assez tôt… Mais avant de pouvoir accéder à cet univers merveilleux qui l’attend, il devra franchir certaines étapes cruciales qui l’amèneront à changer complètement sa perception de son « vécu ». Dans ce livre, l’auteur nous entraîne dans une aventure où l’évidence que le hasard n’existe pas s’impose…

 

À propos de l'auteur


Troubadour du cœur, passionné de vie, André Harvey appartient à la catégorie des écrivains modernes que l’on peut considérer comme des « messagers ». Il est l’auteur de nombreux écrits tournés vers l’humain, s’adressant au lecteur comme à un ami, en toute intimité, n’hésitant pas à se mettre lui-même sur la sellette. Ses livres, tout comme ses chansons, sont comme des bouffées d’air frais, des bulles de lumière dont on ne se lasse pas, car ses mots authentiques touchent le cœur et nourrissent l’âme.

 

INTRODUCTION ET CHAPITRE UN

Un jour que je me préparais à me rendre à un Salon du livre, une amie me demanda de lui dénicher un bouquin traitant du pardon. Elle voulait l’offrir à l’un de ses amis hospitalisé à la suite d’un grave accident d’automobile. Les circonstances de cet accident étaient telles que nous avions présumé qu’il découlait d’un profond sentiment de culpabilité, se cristallisent en un désir inconscient d’autopunition.
Après une recherche poussée à travers les kiosques du Salon, je me rendis compte que rien ne correspondait à mes attentes sur le sujet.
Le vieux sage qui sommeille en moi me souffla alors ces paroles : « Tu ne l’as pas trouvé parce que c’est toi qui doit l’écrire. » Le soir même, je me mets à l’ouvrage, permettant à cette partie divine qui est en moi de s’extérioriser par le biais de ma plume. Un an plus tard, le manuscrit se retrouvait sur le bureau d’une maison d’édition. Je vous l’offre maintenant comme je l’ai reçu, avec beaucoup d’amour et harmonisé d’un brin d’humour.

Le fardeau d’une vie

10 octobre, 2 h 32 du matin. La route interminable se déroule dans la lumière des phares qui balaient la nuit. Cette route n’a plus le moindre secret pour Patrice, depuis les dix-sept ans qu’il la parcourt, dans un sens comme dans l’autre, pour se rendre à son travail ou en revenir. Cet aller-retour sur un chemin de désolation presque vide de toute présence humaine est devenu pure routine pour lui. La plupart du temps, seul son corps de chair demeure au volant, son esprit en profitant pour s’évader très loin, dans le rêve, se déchargeant ainsi du fardeau, si lourd à supporter, du quotidien. Mais cette fois, les pensées l’assaillant le plongeaient dans un brouillard opaque.

La réunion à laquelle il venait d’assister demeurait au centre de ses préoccupations. Les reproches, les propos blessants qui lui avaient été adressés revenaient un à un à sa mémoire, comme pour le culpabiliser encore plus d’être ce qu’il était, lui renvoyer une image de lui-même qu’il avait peine à regarder en face. Il en était rendu à se considérer comme un enseignant incompétent, dépassé par les événements, inapte à prendre en charge des étudiants de plus en plus difficiles, et bien différents de ceux qu’il avait connus jusque là.
Depuis quelques semaines, en effet, Patrice avait en quelque sorte perdu la maîtrise de sa classe. Le règne de terreur qu’il avait tenté d’imposer à ses élèves depuis le début de l’année scolaire s’était bizarrement retourné contre lui, contrairement à ce qui s’était passé les années précédentes, alors que ce stratagème lui avait toujours réussi. Cette fois, ses élèves avaient mis `jour l’être vil et sans consistance qu’il était. Ils l’avaient totalement débusqué. Pour des raisons qui lui échappaient encore, le processus de rébellion qui s’était installé semblait maintenant irréversible. Chaque fois qu’il avait le malheur de hausser la voix, d’amorcer la moindre réprimande, ses étudiants se mettaient à chahuter, annihilant par le fait même tous ses efforts pour maintenant la paix.

Le brouhaha associé à ces « manifestations » impromptues se répercutaient souvent au-delà des murs des classes avoisinantes, y déclenchant des vibrations négatives, aussi difficiles gérer que contagieuses. Il n’en fallait pas plus pour qu’une dizaine de lettres de plaintes se retrouvent empilées sur le bureau du directeur de l’institution, l’incitant à prendre les mesures nécessaires pour que cesse ce tintamarre. Une réunion avait aussitôt été convoquée avec toutes les personnes concernées. Patrice avait alors été montré du doigt comme le grand responsable du désordre. Sans trop de conviction, il avait gauchement tenté d’expliquer les raisons de son manque de discipline, mentionnant brièvement les difficultés personnelles qu’il vivait à la suite de son divorce. Mais ses interlocuteurs ne voulaient rien entendre de ses problèmes affectifs, et encore moins ceux qui étaient reliés à sa consommation excessive d’alcool, cause principale de ses déboires. Craquant sous la pression, Patrice se laissa emporter par le flot de ses émotions et un déluge de paroles aussi provocatrices qu’insensées jaillit de sa bouche, ce qui ne fit qu’accentuer sa déroute. Finalement, les autorités lui servirent un avertissement sévère, qui devait être considéré comme le dernier, sinon, ce serait le renvoi instantané.
Se soustrayant aux reproches de ses accusateurs, Patrice se retira en claquant la porte et il se retrouva seul dans sa voiture, recroquevillé sur lui-même, le cœur tordu.

Il s’était montré indigne de la confiance qu’on lui avait accordé durant toutes ces années d’enseignement. La culpabilité, cette compagne qu’il connaissait si bien et qui le hantait depuis longtemps avait encore réussi à le rattraper. Parviendrait-il l’esquiver un jour ?
Sur la route glissante et mal éclairée, secoué dans tous les sens par les cahots qui font tanguer la voiture, Patrice ressasse inlassablement les incessants échecs de ses quarante-trois années de vie.

Du fond de son marasme intérieur surgit alors un visage familier, qui hante depuis dix ans les moindres recoins de sa mémoire, tel un fantôme auquel on a fini par s’habituer et qu’on ne peut plus laisser partir, de peur de s’ennuyer. Les yeux pleins de larmes, la bouche tordue par le désespoir, Patrice laisse tomber ces quelques mots, à peine audibles :
« Éric, mon grand ami, ne me pardonneras-tu jamais de t’avoir assassiné ? »
Cette phrase, il l’a répétée des milliers de fois depuis ce fatal accident qui a fait chavirer sa vie, en détruisant un être merveilleux qui ne demandait qu'à vivre… Comment savoir si, de son nuage, le « petit frère », comme il se plaisait à l’appeler dans le temps, lui avait pardonné, à lui, son assassin ? Ces interrogations sur le pardon au-delà de la vie l’obsédaient depuis des années. Si, comme il l’avait toujours cru, tout se terminait avec la mort, si rien ne survivait après la disparition du corps physique, Éric ne saurait jamais comment son meilleur copain était désolé du geste involontaire, quoique définitif, qu’il avait posé ! Si, au contraire, l’âme continuait à vivre dans l’au-delà, dans cette après-vie si mystérieuse, quelle rancune devait-il entretenir ?

Ces questions existentielles tourbillonnaient dans la tête de Patrice pendant que son automobile continuait de rouler à vive allure sur la route sinueuse, conduite par un homme dont les pensées se trouvaient à des milliers de kilomètres de là, tout en haut, un homme dont les deux mains étaient presque laissées à elle-même. Alors commencèrent à défiler devant ses yeux les images de ce film d’horreur qu’il connaissait par cœur, pour l’avoir vu et revu si souvent durant les dix dernières années. C’était comme s’il voulait garder bien vivants dans ses souvenirs les remords qui l’habitaient depuis cet accident mortel.